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Dans le train pour Delhi. Je repense à la premiere fois que j'ai pris le train indien. Delhi-Gwalior. Une heure pour sortir de la capitale. 45min de bidonvilles. Une file indienne d'indiens en train de defequer face à mes yeux encore innoncents.
Peut etre devrais-je revenir sur le passé pour remplir le vide de mes pensées, incapables d'affronter mon present deserteur?
Ma memoire se rafraichit de cette eau limpide ou baignent mes souvenirs indiens.
Je me souviens surtout de tout ce dont je ne voulais pas prendre conscience. Le depaysement, la peur, la responsabilite de soi, la decouverte, le bricolage, l'imcomprehension, la stupeur, l'horreur. Maintenant, et seulement maintenant, je suis capable de parler de ce que j'ai ressenti pendant les premiers jours en Inde. Je suis capable car je sais. Je sais car j'ai appris a reconnaitre ces emotions. Je leur ai donne un nom. Voila en quoi je peux dire que j'ai grandi : j'ai appris de nouvelles emotions.
Mes pensées s'accordent uniquement sous l'ordre de ma volonte.
J'ecoute les bruits du train. Je me laisse avancer en silence, dans un silence abetissant mais serein. Preferer le corps a l'esprit. Privilegier les sens aux pensees.
J'observe les trois hommes assis face à nous. Ils nous offrent des sourires, quelques paroles et des oranges. Ils nous laissent de la place pour nos jambes engourdies. Ils nous proposent de l'aide pour stocker nos bagages. Ils nous donnent des chips.
Ils viennent du Kashmir et sont d'une beaute sincere.
On les decouvrira taquins, joueurs et blagueurs entre eux.
Ils se penchent au dessus de nous pour voir ce que nous lisons, ce que nous ecrivons, et quel genre de cigarette nous roulons.
Un long voyage. De 14h a 22h. Je n'arrive pas a realiser que nous revenons sur Delhi. Et pourtant. Delhi. Nous sortons du train, surchargees et endormies, affamees et dessechees. Nous sommes descendues a la mauvaise gare. Il doit y avoir au moins, au moins, 14 gares dans cette capitale indisciplinee. Nous nous en rendons compte une fois arrivees dehors, apres avoir nage dans les courants puissants de la foule. Rickshaw pendant 20min. Je reconnais l'odeur de cette ville. Paharganj. Je reconnais son bazar et ses contours disgracieux. Namaskar hotel. Je reconnais l'interieur miteux de cet endroit. La boucle est bouclee, dit on. Il y a 5 mois, nous arrivions, un peu perdues, dans cet hotel lugubre, sans rien comprendre, en pleine reception denuee d'interrogations.
Une chambre rose en forme de cellule.
Il est deja minuit et nous nous aventurons dans l'obscurite du quartier pour prendre un soupcon de diner. Un chai et des parle G.
Tout ce que je sais, c'est que notre vol est confirme et que nous revenons en France dans deux jours.
Je m'endors perturbée. Mal aux jambes et crampes d'estomac.
mais demain? Demain on jouere aux Americaines qui claquent leur trop plein de roupis. Je le raconterai demain. Demain.
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