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Il y a un homme qui, depuis ce matin 10h, joue du jazz manouche de sa guitare. Il est 14h. Sans interruption, ou du moins, quelques unes, juste le temps de tirer sur son petard. Toujours le meme. Meme homme, meme joint. Liaison.
Bundi, nous voila a Bundi. J'aime le nom de cette ville. Il sonne comme un saut.
"Petite ville seduisante aux etroites ruelles bordees des maisons bleues des brahmanes, Bundi est ponctuee de lacs, de collines, de bazars, et un temple surgit a chaque coin de rue. Un palais fantastique, festonne de coupoles et de loggias couleur parchemi, emerge d'une forteresse perchee sur une crete. La ville est un endroit revee pour se detendre et ecrire un roman, a l'instar de Kipling qui y habita. Capitale d'un grand Etat princier a l'apogee des Rajput, Bundi perdit de son importance lors de l'essor de Kota a l'epoque moghole. Toutefois, la ville conserva son independance jusqu'a son integration dans l'Etat du Rajasthan en 1947."
N'allons pas trop vite. J'ai du mal a prendre conscience de notre plongeon hors des eaux familieres d'Udaipur.
Je fais secher mes cheveux, dos au soleil, assise sur un muret de la terrasse de notre hotel.
Hier, Mardi. Check out de la chambre a 10h. Nos sacs empiles a la reception. La veille, nous nous etions couchees tard, apres notre "party" du depart. Tout le monde est passe pour un petit moment, nous saluer, boire un verre, puis repartir. A l'indienne, constament en train de sautiller d'un endroit a un autre. Nous avons deguster un succulent thali prepare par Dada et ses cuistots. Simplicite et complicite.
Hier, Mardi. Nous achetons des petits cadeaux. Nous prenons le temps de rire, de discuter, de s'asseoir a cote d'un tel puis d'un autre. J'echange l'autobiographie de Gandhi contre le "Naso Lituratus" de Schweizer, et je passe toute l'apresmidi a bouquiner. Paisiblement. Maud tombe malade de la toux des poussieres indiennes. Delphine termine sa derniere miniature, achete des pinceaux en poil de chameau et dit au revoir a son guru a palettes.
Sur les coups de 19h, tout s'accelere. Nous dinons au Transmarine, en compagnie de Harry, Lalit et Neeru. Le diner sera offert par la maison. On offre nos cadeaux, on recoit nos cadeaux. Embrassades chaleureuses, promesses d'un retour proche du futur, echanges d'adresse, et salutation de la main a nos soleils d'ici.
A l'hotel, tout s'accelere encore plus. On disperce des bananes pour Hanuman dans toute la reception. Ganga pose nos sacs sur le trottoir. Baba, Dada, les petits de la rue, Hanuman et d'autres sans nom mais beaux visages nous souhaitent un bon voyage, nous souhaite de revenir au plus vite. Dada les larmes aux yeux. "Why, why do you leave?" Pamman, le rickshaw man, raconte une enieme fois l'anecdote de notre arrivee a Udaipur. On serre les mains, une fois, deux fois, trois fois. On se dit des belles choses. Encore.
Pas vraiment envie de les quitter.
On saute dans un rickshaw et c'est l'emeute. Des mains se tendent partout, des "bys bys gurugi" se crient dans tous les sens de notre fraternite, et nous accelerons. Noyees sous nos bagages et nos souvenirs.
Aucune larme pourtant.
Gare routiere.
Check in.
"Bundi Bundi"
Nous sommes une poignee d'occidentaux a suivre un homme en direction du bus gare plus loin.
Bagages dans la soute.
Places 9, 10, 11.
Je m'asseois du cote gauche, sur un siege sans voisin. Je m'enroule, pose mon coude sur l'accoudoir, ma main sous mon menton, et je regarde a travers. Un peu de travers. Pleine lune, je ne dormirai pas du voyage.
Depart 22h, arrivée 5h.
Le desert gris. Le soleil contrarie, diffusant une lumiere douce-amere, lunaire, sur un paysage travesti. Trajet cahoteux, cahotique, chaos somatique. Les vitres s'ouvrent aux rythmnes des bosses et des creux que nous suivons a toute allure. Je ne vois rien, je comprends tout. Les arbres morts et les etendues. Je ferme un peu les yeux.
Nuit noire, nous sommes jettees dans de la poussiere blanche. Pour etre reconnu malgre notre crasse. Je ne sais plus ou je suis.
Rickshaw dans le froid et l'inattendu. Guest house. Un viel homme tout endormi nous dit "come in come in". Alors nous "come entrons". Un jeune homme nous propose une chambre, juste pour "taking rest". Alors nous prenons le reste de notre part de sommeil quotidien, jusqu'au vrai matin 10h. Changement de chambre, et l'homme se la joue toujours Django Reinhardt.
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