Tranche de vie au tandoori
6 mois d'une apprenti anthropologue en dissidence sur les terres indiennes.

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Princesse Minus, Princesse Raspute et Princesse Oudaille, ou la reconfiguration triangulaire

C'est que nous avons manque de transition.

 

Une transition entre l'accident de Delphine et l'arrivee de la numero 3.

La numero 3 s'apelle Maud. Une amie depuis de nombreuses annees. La fille de PapaJo (yo!). Maud nous a rejoint lundi et s'envolera de nouveau pour la France un jour avant nous Le premier Mars. Elle. Nous, le 2. Ah! Oui, deja...

 

Une transition entre l'hiver et l'ete.

Qui s'appelerait peut etre printemps mais qui ne prend pas son temps en Inde. En l'espace de deux jours. Le froid, le chaud. Les nuits etaient froides. Nous dormions en pijama, col roule, duvet, couverture, chaussettes. Les fenetres fermees. LEs journees etaient tiedes, les matinees fraiches, les soirees glaciales. Puis.

Nous dormons la fenetre ouverte. Nous evitons le soleil entre 11h et 15h. Nous transpirons. Au dessus de 30 degrees.

 

Pas de fluidite sans transition.

Un choc, et ses contrecoups. On se laisse trainer, on recupere, on se reconfigure, on reconstitue nos energies, on rassemble nos envies.

On discute. On discute beaucoup.

Et l'oppression se dilue dans l'eau du lac.

 

Je ne reviendrai pas sur l'accident. Les amis, les connaissances, les marchands, les cuistots, les rickshaw, sont la pour nous le rapeller. A croire que c'etait ecrit dans le journal. Meme a l'autre bout de la ville, on me demande des nouvelles de Delphine. C'est un souci reel qui les appelle a me questionner sur. On en rit. Les cuistots de l'hotel et ceux de notre resto du soir ont supprime toute trace d'arachide. On en rit.

 

Nous avons passe deux jours exclusivement a l'hotel. Puis.

 

Nous sommes allees au Mousson Palace.

"perche sur une chaine de montagne tel un chateau des contes de fees, ce palais a l'abandon fut construit a la fin du 19eme siecle par le maharaja Sajjan Singh. Observatoire a l'origine, il devient plus tard un palais de la mousson et un pavillon de chasse."

Oui, perche au dessus du Rajasthan. Nous sommes montees en rickshaw, le meme qui nous avait accueilli a Udaipur deux semaines auparavent. Nous avons ri en chemin, guettant une improbable attaque de tigre. La haut, une extraordinaire vue sur Udaipur. La ville et ses deux lacs. D'un cote. De l'autre, un magnifique panorama sur la campagne rajasthani, ses monts, ses collines, ses courbes, ses couleurs automnales, son desert.

Le coucher de soleil a laisse persister un balayage orange sur mes retines .

 

La meme journee, nous sommes allees au Shilpgram.

"village d'artisanant qui regroupe des huttes en terre battue, aux interieurs ornes de mirroirs du Rajasthan. D'excellents artistes et artisants s'y produisent".

Autant dire une reserve culturelle avec reproduction du milieu naturel de la population tribale.

Nausee.

 

Nous avons assiste a un spectacle artistique et culturel. Les danses defilaient, en musique, une petite histoire entre chaque demonstration, un passage marionette, et une performance. Une vieille femme au visage marque, ses yeux devoilant une veritable souffrance et une profonde lassitude a ceux qui voulaient bien la voir en vraie. Elle danse. Corps gras, lourdeur, douleurs. 10 recipients en terre cuite poses en equilibre sur sa tete. Effectuant diverses pirouettes. Et on applaudit bien fort!

J'ai vu les pantins chez les hommes et je n'ai pas trouve de fil a coudre. Ni de jolie fil dore.

 

Nous sommes allees au cinema voir un beau navet en forme de superstar. Alccol, decolte, r'n'b, moto, rolex, histoire de celebrite et de seduction. Un rat est passe entre nos jambes. A l'entracte, nous etions les seules femmes a bord. Nouveau genre, nouvelle experience cinematographique.

 

Nous avons marche dans la ville.

Nous avons nourri les poissons.

NOus avons aide des femmes a laver leurs linges au bord du lac.

Nous avons ecoute les potins du quartier.

Nous avons mange des salades de fruits.

Nous avons approfondi nos liens.

Nous avons ecoute les nouvelles francaises.

J'ai releve les nouveaux films, les nouveaux albums, les nouveaux livres.

Nous avons raconte notre voyage.

J'ai realise "tout" ce que nous avions vecu. J'ai senti le poids des mois passes et la legerete de mon moi present. Finalement.

Maud a ete un mirroir, me devoilant celle que j'etais/je suis devenue. Et le sourire est revenu. Vraiment. Sans faire semblant. Et j'ai craque du plexus solaire pendant la salutation au soleil lors d'une seance de yoga. Diffusion. Et nous nous sommes transformees en princesses gitanes.

 

Princesse Minus.

Princesse Raspute.

Princesse Oudaille.

Qui fetent la chandeleur le 15 Fevrier.

Qui partent en expedition le 16 Fevrier.

Loin, loin de la ville.

 

Reveil 7h30. Les premieres sur le toit terrasse, nous ecoutons la compil de Pierrot. 100% importee par Maud. Un peu de Patrick Watson. Un peu de Radiohead. Un peu d'Andrew Bird. Un peu de PJ HArvey. Le soleil se leve, l'air est doux, nous attendons le cuistot, retrouvant le vent indien et ses effluves. Pures ou impures. Balance entre le profane et le sacre. LEs hommes pissent contre le mur du temple, le soleil frappe sur, l'urine et son odeur s'elevent vers. De bon matin.

Comment les indiens percoivent-ils notre musique?

LE cuistot arrive, tout sourire, et nous prepare notre petit dej sans avoir a lire notre commande. Il sait deja.

Notre voiture nous attend. Oui oui, notre voiture. PArce qu'aujourd'hui, on aurait un chauffeur.

8h30, nous decollons. Pour 2h de trajet a travers la campagne. Des montagnes, des collines, des champs, des fermes, des realies, du desert et ses courbes. La route monte et descend sur une voie unique, une route sinueuse, dans une course fluide a travers le temps.

 

"A 84km au nord d'Udaipur, Kumbalgarh, un fort isole, evoque l'ideal chevaleresque et guerrier des Rajput. Edifie au 15eme siecle par le maharaj Kumbha, il se perche a 1100m d'altitude, ou la vue se perd dans les lointains bleutes. LEs routes qui menet a Kumbalgarh serpentent dans les monts Aravelli et traversent de somptueux paysages.

Fort le plus important du Mewar, il servait de retraite aux souverains en periode de danger. Il ne fut pris qu'une fois au cours de son histoire, et encore fallut-il les efforts conjugues des armees de l'empereur moghol Akbar, d'Amber et de Marwar, pour faire tomber les citadelles, qu'elles ne conserverent pas plus de deux jours.

Les remparts s'etendent sur 36km et entourent 360 temples. des palais, des jardins et 70 abris a canons"

 

MAgnifique. Un fort qui surgit par surprise, derriere une colline. A couper le souffle. Le ciel etait extremement bleu. LA foret portait des couleurs d'automne. Le soleil frappait fort, presque eblouissant. Nous avons longe les remparts du palais, telles des envahisseuses, pour se faire rapeller a l'ordre par un guide (gare aux cobras!) qui nous fera rentrer dans le palais par un passage secret. Un trou.

Visite paisible. Peu de touristes. On se demande "les indiens visitent-ils ce fort avec le meme enthousiasme que celui avec lequel nous visitons un chateau fort de notre Moyen Age?'

Notre chauffeur nous attend. Nous partons pour une nouvelle destination.

 

Toujours la surprise en chemin. Des boeufs, des singes, des huttes, des fermes, a gauche, a droite, des ecoles, des paysans, des femmes multicolores, l'ocre de la roche, la vitesse de notre trajectoire, vitres baissees, l'ondulation de nos regards, des chameaux. Les beautes indescriptibles.

Halte dans un resto ou nous avons paye 200rps par estomac.

Apres deux heures de route et une pause, nous voila a Ranakpur. Autant dire que nous avons merite nos emerveillements.

 

"dans une profonde valle boisee, une route sinueuse conduit a Ranakpur, l'un des temples jains les plus vastes et les plus importants du pays. Cet incroyable complexe de marbre blanc comprend une serie de 29 salles soutenues par une foret de 1444 colonnes differentes. Des sculptures finement ouvragees couvrent integralement les murs interieurs de ce sanctuaire a l'architecture epoustouflantes. La devotion des batisseurs transparait dans le raffinement de l'ouvrage et sa paleur donne une sensation inegalee d'espace et d'harmonie."

 

Rien a ajouter.

 

Retour calme et serain, en admirant le paysage.

Le soir. lorsque je fermais les yeux, je voyais a nouveau defiler le temps, l'epoque, le sens et le mystere.

Tres belle expedition. Mon sejour a Udaipur est desormais complet.

D'ailleurs, nous partons le 19 pour Bundi.

 


Publié à 09:05, le 17/02/2008,
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