Tranches de vie tandoori
Six mois de dissidence d'une apprenti-anthropologue en terres indiennes.

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Le bazar des sentiments

Il faut rester honnete, parait-il.

 

Je constate que les indiens jonglent differement avec leurs sentiments. Ils n'ont pas cette tendance nevrotique a retenir le sentiment comme nous autres. Nous retenons le sentiment, le maintenons a un niveau moindre pour eviter tout debordement passionel, et ainsi pouvoir controler le sentiment dans un constant souci de l'apres. Et apres, que se passera-t-il? Que se passera-t-il quand la personne partira, quand la personne ne m'aimera plus, quand la personne me manquera, quand ce manque me sera insupportable, quand je souffrirai de cet attachement unilateral, etc? Je resterai seul avec le manque et la douler, me complaignant de tout ce que je n'ai pas pu (pas su?) lui dire, lui transmettre, lui faire ressentir et ressentir moi meme.

Un sentiment complet et honnete.

 

Les indiens ressentent et vivent le sentiment differement.

Ils laissent le sentiment naitre sans surprise.

Ils laissent le sentiment croitre sans question.

Ils laissent le sentiment se diffuser sans retenue.

Ils laissent le sentiment deborder de toute part.

De toute part le sentiment deborde. En flots incoherents, en vagues indescriptibles, en flux maladroits, en tempetes fusionnelles, en courants inconceptuels.

Sans jalousie, sans crispation, sans calcul, sans doute, sans manipulation, sans mensonge.

 

Et lorsque la personne partira, la tristesse sera reelle. Une tristesse complete et honnete.

Kundan me disait, quelques minutes avant que je le quitte definitivement, "I will be sad 3 minutes and after...", exprimant les points de suspension d'un geste de la main que seuls les indiens arrivent a remplir de signification. Un claquement du poignet vers le ciel et les doigts qui se deploient comme les ailes d'un oiseau.

Trois minutes, le temps que la tristesse fasse le tour de lui-meme, entre en lui meme, le remplisse a raz bord et s'envole ailleurs.

 

-laisser cette liberte aux sentiments-

 

Oui, laissons nos sentiments libres. Sans attaches, sans chaines, sans cage.

Que l'aquatique se transforme en volatile.

 


Publié à 07:27, le 9/02/2008,
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