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C'est autour de midi que nous nous rendons au lieu de RDV. Un peu muette, un peu inquiete. La nuit ne m'a pas laisse de repis. Mes reves sont charges d'incoherences epuisantes.
A moto, nous nous rendons au parking. Ded derriere Zacky, moi derriere Rajeev. Je commence a apprecier ce moyen de transport. Je reponds au "Namaste Madame" que l'on me lance au passage en effectuant un delicat geste de la main. Contre le souffle de la vitesse.
En voiture! C'est un homme en turban qui chassera la poussiere de la carrosserie pour une dizaine de roupies. Vitres teintes, fauteuils en cuir. Cela faisait 4 mois que je n'etais pas montee en voiture. Je vais apprecier le voyage.
Plusieurs haltes a Udaipur pour acheter fruits, legumes, huile et epices. Je sors de la voiture, pieds nus, et je m'accroupis en face de l'etalage des legumes joliement disposes au sol, et de femmes joliement vetues. Pois chiches, oignons, tomates, piments et citron. J'echange quelques mots avec elles. Sadee? Sadee? Elles pointent du doigt Rajeev. Je vais une grimace, et elles ricanent.
Vitres teintees attenuant la misere, coupant la poussiere, et diminuant l'alarme de mes aprioris.
Je sursaute a l'enclanchement de la musique.
Une voiture blanche a vitres teintees avec deux hommes noirs et deux femmes blanches quittent la ville en musique pour se rendre a la campagne.
Le trajet sera long d'une heure.
Nous traversons un paysage semi desertique, quelques villages rouges et verts, des collines, des terres chargees d'histoire. En silence. Delphine et moi. Les hommes ne cesseront de jacasser comme des femmes.
"Ca va les filles?"
"Mumh"
Je suis trop occupee a ecrire en pensees ce que je vois.
Nous arrivons a Ghoda Ghati, un petit village a une quarantaine de km d'Udaipur, petit village que nous traversons pour nous perdre plus loin.
Un paysage vallone, au milieu, une ferme.
C'est un ami de la famille de Rajeev qui possede ces terres. Trois chevaux, une vingtaine de vaches, une dizaine de chevres, et des hectares de ble et de mais. C'est un riche proprietaire tres respecte par les locaux.
Nous nous installons sur les hauteurs, surplombant le domaine. Aucun bruit. Seul le vent vient caresser mes oreilles. Seul le chantdes oiseaux vient caresser mon esprit. Je n'avais jamais vu autant d'especes differentes. Leurs chants me sont inconnus.
Le ciel est gris, l'air est froid. Assis sur une couverture, capuches sur la tete, enroules de nos chales, nous coupons les legumes sous les directives du chef Rajeev.
Une goutte, puis deux. Il commence a pleuvoir et nous rions. Nous implorons le Dieu Indra pour qu'il nous laisse au sec. La pluie cesse. Rajeev croit en notre pouvoir incantatoire.
Nous descendons a la cuisine, une cuisine en pierre, sombre. Ded prend des notes de la recette. Rajeev s'execute et nous attendrons 3h avant de pouvoir manger. Le timing indien est des plus lent. Nous en rions. Zacky tente a plusieurs reprises de prendre les commandes culinaires. Rajeev le renvoit a sa place. C'est sa passion, c'est son art, ce sont ses secrets.
Je fais le tour de la ferme avec Jhala, le proprietaire. Il me pose des questions sur l'agriculture francaise auxquelles je ne sais pas repondre. 60l de lait par vache et par jour. Il m'ecplique, il me raconte. Recolte du ble au mois de Mars.
Cet endroit est paisible.
Je fais la connaissance de la famille. Je me ballade avec Babou, 6 mois, dans les bras. Ded fait un tour en cheval. Pendant que les legumes mijotent, encore.
Jhala nous raconte ensuite des histoires de Rajput, de maharajas et de combats contre les Moghols.
Les indiens ont un profond respect pour leur Histoire. L'Histoire du pays est connu de tous et elle alimente encore de nombreuses reflexions, de nombreux comportements et de nombreux etats d'esprit. Chaque individu est un mediateur du passe pour le present. Le futur, on verra plus tard.
Je m'en veux soudain de ne pas avoir ce genre de connaissances concernant l'histoire de mon pays. Pourquoi la jeunesse francaise n'est elle pas "au courant"? L'histoire francaise est toute autant interressante et passionante que l'histoire indienne, toute aussi riche en lecons et en morales.
J'ecoute, attentive.
La nuit tombe.
Les betes s'endorment.
L'obscurite, presque effrayante, nous enveloppe.
Nous allumons un feu et nous dinons autour.
C'etait une belle journee, calme et tranquille.
Vers 20h, nous montons en voiture. Deux faisceaux lumineux ouvrent notre chemin. Nous remercions Jhala pour son hospitalite.
Vitres teintees, musique, modernite.
Nous passons de l'authentique Inde a l'Inde raffistolee.
Il pleut.
Mes yeux se ferment sur un paysage doublement obscure.
La ville approche. Je souris.
La sensation d;avoir quitte Usaipur il y a plusieurs jours.
La campagne m'a fait du bien.
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