Tranches de vie tandoori
Six mois de dissidence d'une apprenti-anthropologue en terres indiennes.

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(Tout ca pour creer une distance qui ressemble a un lien, pour voir l'humain plutot que l'insupportable inhumanite de leurs vies, et ainsi me proteger, proteger mes affects et l'absurdite de mes emerveillements.)

 

Comme ce petit garcon, assis en tailleur a toutes les heures du jour, sur un petit muret, taillant la pierre de ses mains grises (d'un noir couvert de poussiere de granit), pour en faire apparaitre des sculptures d'elephant d'une etonnante modernite.

Ganesh en art contemporain.

 

Comme ce vieillard, dans sa boutique sombre et poussiereuse, me presentant des centaines de carnet en cuir, un a un, souple ou rigide, simple ou decore, se tirant les moustaches ou se grattant l'entrejambe. Assise au sol, je mime l'ecriture sur chacun des carnets pour trouver le bon.

Le bon  4eme carnet de mon voyage.

 

Comme ce libraire confiant et souriant, qui me donne l'Autobiographie de Gandhi que je payerai plus tard. Dans cette librairie obscure (coupure d'electricite quotidienne de 10h a 14h), les cartons n'etaient pas defaits et j'avais trouve ce livre en fouillant au dela de ce qu'on voulait bien me presenter.

Une confiance aleatoire sans craindre le vol.

 

Comme cette invitation dans une sinistre bijouterie par un vieil homme souriant qui m'offre un chai, puis l'exposition de sa vieille collection de bijoux, puis deux bagues d'orteil que sa femme a confectionner et qu'il me glisse a deux orteils symetriques. Il s'excusera de son mauvais anglais en tirant la langue, bafouillera quelques mots sur son fils, sa femme et son business, et me questionnera sur comment ca se passe "in my country".

L'amitie a l'indienne.

 

Comme ces bananes que je vais acheter avec l'ami Rajeev apres une excursion en moto. En chemin, il m'apprendra comment demander et je demanderais comme une bonne eleve. "Mujhe das rupee kela tchaaiye?" Des bananes que je donnerai au petit tailleur de pierre. j'ai compris qu'il ne fallait jamais donner d'argent, jamais. Sauf...

Jongler avec sa conscience.

 

Comme ce deuxieme cours de yoga et son surya namaskar precede d'un Om qui s'amplifie au fil des seances, sa position du cobra qui me donne le vertige, ses exercices de respiration qui deploie mon altitude, sa meditation qui entre et plonge et tombe et sombre pour toucher l'abyme lumineux qui est en moi et qui se vide se vide se vide pour faire comme si je n'avais plus rien a garder que pour moi.

L'experience de la synthese du corps et de l'esprit.

 

Comme ce diner en compagnie de Rajeev, entouree de Ded et un ami indien, sur la terasse d'un restaurant, seuls clients assis au sol, sur un tissu rouge, autour d'un feu de bassine metallique, autour d'un delicieux repas, mangeant de la main droite, se rechauffant de la main gauche, parlant en francais de l'Inde, de son odeur, de ses palais, de ses bananes, de sa misere, de son avenir, de ses hommes, petits ou grands, et de sa lune, penchee, de nouveau absente.

Je me redresse legerement pour voir des alignements de table, des angles droits de chaise, des segments de bouteilles de biere, et des logiques mathematiques dans le langage de toutes ces bouches. Je prefere l'arrondi de nos dos courbes au dessus de nos gamelles, les ondulations du feu, le trilinguisme de nos conversations, le glissement de la nourriture le long de mes doigts, et nos joues rougies par les flammes et les epices plutot que par l'alcool et le bavardage intempestif.

 

C'etait une riche journee qui se termine sur le toit de l'hotel, devant une video de danse rajasthani, en mangeant du chocolat avec Dada le gerant, qui m'apelle Guru Gi (je suis censee lui apprendre quelque chose mais je ne sais pas quoi, encore), et Vicki le manager, qui croit en notre folie et qui joue le jeu du pagaalpan.

 

Cela fait a peine 3 jours que nous sommes a Udaipur. a peine. J'ai l'impression d'etre ici depuis des semaines tellement son air m'est familier.

Les gitanes se trouvent aux villages des alentours.

Nous nous y rendrons demain.

 


Publié à 09:50, le 3/02/2008,
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