Tranche de vie au tandoori
6 mois d'une apprenti anthropologue en dissidence sur les terres indiennes.

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Pour conclure

Je prefere le mouvement a l'immobilite, le chaos a l'ordre.

 

Je prefere l'indiscretion a la politesse, le respect a la negligence.

 

Je prefere le the sucre au the sans sucre, manger epice a manger sale.

 

Je prefere les femmes en sari aux femmes en tailleur, etre francaise a etre indienne.

 

Je prefere la spontaneite a la distance, la parole sage a la parole retenue.

 

Je prefere l'eau minerale a l'eau du robinet, etre trop propre a etre trop sale.

 

Je prefere ne pas avoir de miroir a avoir un miroir, faire bling bling a etre discrete.

 

Je prefere voir des hommes se faire des calins a voir des hommes se faire la bise, etre prise dans les bras et serrer la main.

 

Je prefere les ecureuils aux pigeons, les villes avec des vaches aux villes sans vache.

 

Je prefere dire ce que j'ai pense a penser a ce que je vais dire, savoir que je vais revenir a savoir que je vais partir.

 

Je prefere le rouge au vert, le vent qui se couche a la terre qui se bat.

 

Je prefere oublier les odeurs de l'Inde a oublier les visages indiens, regarder des yeux miserables a ecouter un train qui s'en va.

 

Je prefere me dire que j'ai vecu a me dire que je ne vivrais plus, regretter ma vie d'avant a renier ma vie d'ici.

 

Je lirais Fureur et Mystere dans l'avion qui me vole de l'Inde.

 

'Par un travail physique intense on se maintient au niveau du froid exterieur et, ce faisant, on supprime le risque d'etre annexe par lui ; ainsi, a l'heure du retour au reel non suscite par notre desir, lorsque le temps est venu de confier a son destin le vaisseau du poeme, nous nous trouvons dans une situation analogue. Les roues -ces gravats- de notre moulin petrifie s'elancent, raclant des eaux basses et difficiles. Notre effort reapprend des sueurs proportionnelles. Et nous allons, lutteurs a terre mais jamais mourants, au milieu des temoins qui nous exasperent et de vertus indifferentes" RENE CHAR

 

[...] et tout ce que je n'ai pas ecrit, n'ecris pas et n'ecrirais pas.

 

Mes profondes excuses pour toutes mes fautes d'orthographe de ces 5 derniers mois.

 

Namaskar.

 

Stephania, princesse d'Oudaille, bohemienne en retard, gitane convaincue, sans statut fixe, fille de et deux, amie de et d'eux, pleine, riche, creuse, sans foi, et pourtant.

 



Publié à 12:52, le 1/03/2008,
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Partir tout doucement

Parcourir Delhi pour accomplir les dernieres missions.

 

Aller chez Claire, amie du Janadesh, recuperer notre gamelle, quelques bouquins, un kway, des papiers, des souvenirs et le billet d'avion.

 

Faire un tour en rickshaw musique a fond.

 

Manger au resto Big Chill.

 

Poster les dernieres cartes postales, celles de Maud, et celles pour nos familles a Bodhgaya, Varanasi et Udaipur.

 

Acheter des provisions pour l'avion : eau, parle G et chewing gum a la menthe.

 

Faire le tri du tri du tri dans notre sac, tout en sachant qu'il pesera toujours plus de 20 kg.

 

Se preparer mentalement au froid et a la pluie qui nous attend a Paris tout en se balladant dans les rues du MAin Bazar sous 30 degres et beaucoup de poussieres.

 

Mouais. Il n'y a rien de tres interressant a raconter.

Il est 15h02. L'avion est a 2h25 cette nuit. Un taxi est prevu. Si le taxi est comme celui de Maud, partie la veille a minuit, nous quitterons Delhi en Ambassador. La grande classe. De toute facon, on se la pete depuis le depart.

Je m'en vais faire une sieste. Aucune pensee ne vient perturber l'autre.

J'imagine juste ce que ca va faire de rentrer, tout en sachant que ce n'est pas ce qu'il se passera. Je serais surement inondee d'amour ou etranglee par la panique. Je me laisserais peut etre mourrir pendant quelques jours pour refaire peau neuve et endosser a nouveau mon costume occidental. Je prendrai peut etre le relais de moi meme, sans transition, faisant la queue comme tout le monde et ne disant bonjour qu'aux visages que je connais. Je pleurerai surement en ecoutant la musique. Je prendrai sans doute la main de ceux qui trembleront de me voir ainsi. Identique a hier. Je n'ai pas change. Je dis peut etre ce que je pense et je pense moins que ce que je dis.

J'aimerai pouvoir garder ce pays en moi.J'aimerai me souvenir sans rien epuiser.

J'aimerai rester en contact avec certains amis d'ici. J'aimerai puiser dans la force qui est nee de mes experiences indiennes pour rester connectee aux ambitions, aux projets, aux intuitions qui se sont construits durant mon voyage. J'aimerai rester entierement humaine, pleinement terrienne. J'aimerai continuer a raconter ma vie comme ca. J'aimerai continuer a lire des mots, des messages, des lettres de mon entourage ou autres inconnus qui, du fait que je sois loin et qu'il n'y a "rien a craindre",m'envoie de l'amour et des emotions en forme de mots, de messages et de lettres. C'est toujours plus facile de dire quand on est loin. Je resterai aussi loin que je pourrai tout en restant intimement proche d'ici.

 

Blablabla

 

Beaucoup disent qu'une fois revenu, le quotidien t'avale sans laisser une seule miette d'ailleurs.

 

Va, vis, deviens.

 

Je suis malade.

Somatisation.

Tant pis.

J'utiliserai un mouchoir.

 



Publié à 10:20, le 1/03/2008,
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Avant avant dernier jour

French breakfast au Sam's cafe.

Epilation des jambes au Princess Beauty Parlour

Granita Cool Blue au Cafe Cofee Bar

Shopping a Connaught Place.

Coupe de cheveux et soin du visage chez le coiffeur du coin.

"Joodha Akbar" au Plaza Cinema.

Thali au Sam's cafe.

On a reussi! On a reussi a prendre du bon temps a Delhi!

 

La ville est extrement polluee. On a toutes les trois les poumons encombres et le nez bouche. Une lingette blanche passee sur le visage, et on se rend compte que notre peau est supra sale. Noire.

Les deplacements en rickshaw se font avec un foulard devant le nez et la bouche.

La nuit, aucune etoile.

Le jour, un ciel grisatre epais.

La ville pue, la ville est bruyante, la ville est surchargee, la ville est agitee, la ville est sale, la ville est bordelique.

Et pourtant, je l'apprecie.

J'apprecie tout ce qui est detestable dans Delhi. J'apprecie egalement le fait de l'avoir tant deteste la premiere fois et de reconnaitre a present le bazar de tout ce que j'ai appris a aimer en Inde. Oui, l'Inde est un apprentissage. Elle m'a appris a aimer tout ce qui ne se controle pas, tout ce qu'elle laisse indompte. Elle m'a appris a m'aimer dans tout ce que je ne peux pas maitriser, chez moi, en moi, sur moi.

 

C'etait une bonne journee. Pleins de plaisirs et de plaisirs.

 

Le soir, nous nous couchons sur une discutons, lumieres eteintes, a propos du christianisme et de tous nos peches.

 



Publié à 08:43, le 29/02/2008,
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Retour a Delhi

Dans le train pour Delhi. Je repense a la premiere fois que j'ai pris le train indien. Delhi-Gwalior. 1h pour sortir de la capitale. 45min de bidonvilles. Une file indienne d'indiens en train de defequer face a mes yeux encore innoncents.

 

Peut etre devrais je revenir sur le passe pour remplir le vide de mes pensees incapables d'affronter mon present deserteur?

 

Ma memoire se rafraichit de cette eau limpide ou baignent mes souvenirs indiens.

Je me souviens surtout de tout ce dont je ne voulais pas prendre conscience. Le depaysement, la peur, la responsabilite de soi, la decouverte, le bricolage, l'imcomprehension, la stupeur, l'horreur. Maintenant, et seulement maintenant, je suis capable de parler de ce que j'ai ressenti pendant les premiers jours en Inde. Je suis capable car je sais. Je sais car j'ai appris a reconnaitre ces emotions. Je leur ai donne un nom. Voila en quoi je peux dire que j'ai grandi : j'ai appris de nouvelles emotions.

 

Mes pensees s'accordent uniquement sous l'ordre de ma volonte.

 

J'ecoute les bruits du train. Je me laisse avancer en silence, dans un silence abetissant mais serein. Preferer le corps a l'esprit. Privilegier les sens aux pensees.

 

J'observe les trois viels hommes assis face a nous. Ils nous offrent des sourires, quelques paroles et des oranges. Ils nous laissent de la place pour nos jambes engourdies. Ils nous proposent de l'aide pour stocker nos bagages. Ils nous donnent des chips.

Ils viennet du Kashmir et sont d'une beaute sincere.

On les decouvrira taquins, joueurs et blagueurs entre eux.

Ils se penchent au dessus de nous pour voir ce que nous lisons, ce que nous ecrivons, et quel genre de cigarette nous roulons.

 

Un long voyage. De 14h a 22h. Je n'arrive pas a realiser que nous revenons sur Delhi. Et pourtant. Delhi. Nous sortons du train, surchargees et endormies, affamees et dessechees. Nous sommes descendues a la mauvaise gare. Il doit y avoir au moins, au moins, 14 gares dans cette capitale indisciplinee. Nous nous en rendons compte une fois arrivees dehors, apres avoir nage dans les courants puissants de la foule. Rickshaw pendant 20min. Je reconnais l'odeur de cette ville. Paharganj. Je reconnais son bazar et ses contours disgracieux. Namaskar hotel. Je reconnais l'interieur miteux de cet endroit. La boucle est bouclee, dit on. Il y a 5 mois, nous arrivions, un peu perdues, dans cet hotel lugubre, sans rien comprendre, en pleine reception denuee d'interrogations.

Une chambre rose en forme de cellule.

 

Il est deja minuit et nous nous aventurons dans l'obscurite du quartier pour prendre un soupcon de diner. Un chai et des parle G.

 

Tout ce que je sais, c'est que notre vol est confirme et que nous revenons en France dans deux jours.

 

Je m'endors perturbee. Mal aux jambes et crampes d'estomac.

 

mais demain? Demain on jouere aux Americaines qui claquent leur trop plein de roupis. Je le raconterai demain. Demain.

 



Publié à 06:30, le 28/02/2008,
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Pertinence

Retrouver un peu de solitude avant la tempete du retour.

 

Faire des listes.

 

Se demander "pourquoi ramener autant a ceux qui comptent?".

 

Se demander "comment peut on rentrer d'un si long voyage sans le moindre present?"

 

Sentir que je tombe un peu malade sans en avoir envie.

 

Avoir envie d'ecrire a Elsa sans reussir a trouver l'impulsion.

 

Se sentir lasse de toutes ces passerelles mal placees.

 

Savoir que rien ne sera dit la dessus.

 

Porter son voyage en soi, chez soi, ou?

 

Il y a l'incorporation, l'incarnation et le mouvement.

 

Aller ou ca me chante.

 

Mon voyage touche a sa fin et je suis incapable de toucher un mot la dessus. Celui de "retour", je tends ma main pour l'effleurer.

Fatiguee. Je passerai mes derniers jours a dormir en essayant de reconstituer ma trajectoire.

Sans craindre l'impatience, l'oppression et la nostalgie.

 

"Nostalgie" est un mot plein de justesse.

 



Publié à 05:22, le 27/02/2008,
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Pushkar, plus doucement

Que je revienne rapidement sur notre dernier jour a Bundi. Pour ne pas oublier. Uniquement pour ne pas oublier plus tard ce que j'ai fait aujourd'hui. Enfin hier.

Apres avoir savoure un super lassi au safran, apres avoir attendu patiemment que le soleil calme ses ardeurs, nous avons gravi la colline pour visiter le Bundi Palace.

 

"cet edifice extraordinaire et decrepit renferme de fabuleuses peintures murales aux tons turquoise et or. Autrefois abandonne aux chauves-souris, il a ete nettoye et ouvert au public.

On entre par l'enorme porte des elephants (1607). De la, on accede au Chhatra Mahal, erige en 1644, qui contient certaines des plus belles fresques de Bundi. Une piece est ornee de 12 portraits de Krishna. Une immense procession royale decore le Phool Mahal, qui date de 1607. Dans le Badal Mahal, un superbe plafond d'inspiration chinoise, divise en petales, represente Krishna avec les yeux brides."  etc

 

C'etait beau, c'etait calme, c'etait en ruine, et ca sentait la fiante de chauve-souris. Je suppose. Je n'avais jamais senti la fiante de chauve souris avant. J'ai apprecie le fait que rien ni personne ait restaure ce palace. J'ai apprecie me ballader dans ses pieces, sur ses terasses et ses balcons, tout en constatant l'oeuvre des architectes et ouvriers de l'epoque, double de l'oeuvre du temps et de ses intemperies.

 Plus haut, nous avons failli nous faire attaquer par les singes. Prises au piege au fond d'un jardin, ils sont arrives par dizaine nous envercler. Heureusement, le vieil homme et son baton nous a ouvert le chemin vers la sortie a grand coup de "out".

 

Diner sous le rythme irritant du jazz manouche.

Traffic d'epices avec le gentil de la guest.

Au lit.

 

Reveil 7h. Nous reglons nos 4 nuits et nous sautons dans un rickshaw. Direction bus station.

8h. Le bus gouvernemental hoquetant arrive. Nos sacs sont jettes sur le toit et nous nous installons sur notre banquette pour un trajet de 5h. Nous petit dejeunons des parle G et nous jouons a la patience.

Soubresauts, chaleur, deshydratation, frayeur.

Vers 13h30, nous arrivons a Pushkar.

 

"la petite ville de Pushkar ressemble a un mirage surgi en lisiere du desert avec son ciel nacre, ses coupoles et ses 400 temples laiteux blottis autour d'un lac sacre, apparu la ou Brahma aurait laisse tomber une fleur de lotus. Haut lieu de pelerinage pour les hindous, la ville abrite l'un des rares temples dedie a Brahma."

 

Mouais. C'est plutot une ile de shopping avant d'accoster a Delhi. Je n'avais jamais vu une si forte concentration de magasins sur un perimetre aussi etendu.

Et le lac, eh bien, c'est un lac.

Aucun mysticisme, malgre le coucher du soleil.

Alors le programme est : shopping avec les quelques insuffisantes roupies qui me restent.

 



Publié à 08:26, le 25/02/2008,
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Pushkar

C'est du quick quick qu'on fait.

 

Depart ce matin 8h.

Arrivee cette aprem 14h

Super hotel hamac gazon sur la terrasse et balancoire.

Billets de train pris pour Delhi, pour le 27 a 14h.

On fera du shopping, on fera le tour du lac une fois, on fera des offrandes a Brahma et basta.

 

C'est du quick quick qu'on bacle, mais bon...

 



Publié à 12:07, le 24/02/2008,
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"Poum poum pouloum"

Pourquoi ce sourire en coin ce matin? Je ne sais pas.

J'avais pourtant la migraine. Il etait pourtant deja midi. Il faisait pourtant deja trop chaud.

Mais j'avais ce sourire en coin.

Je savais qu'on etait deja le 23. Je savais que je n'allais rien faire de la journee. Je savais que j'allais terminer mon bouquin sans en commencer un autre.

 

Il n'y a plus d'autres bouquins, du moins, deux ou trois, mais qui ne m'interressent pas.

 

J'avais ce sourire en coin malgre le joueur de jazz manouche qui entamait le meme air, trop reconnu, trop repete.

 

Ou etait mon "je vais lui faire manger sa guitare" ?

 

C'est le macaque qui l'a vole, tout comme il est entre en douce dans notre chambre, alors que nous lisions, pour nous voler notre paquet de biscuit Parle G, pour le manger, tout en nous narguant, sur la terrasse ensoleillee, ou je ne mets plus les pieds.

 

Parce que trop de singes surgissent par surprise.

Parce que la chaleur est ecrasante.

Parce que l'epicier d'en face est vraiment trop magnifique pour que je continue a le devorer des yeux ainsi.

 

Mieux vaut manger des yeux un bel homme plutot que de manger de l'esprit des pensees ameres.

C'est vrai.

 

A midi, ce n'est plus l'heure du petit dejeuner.

 

C'est l'heure de manger des oeuf durs et du fromage blanc avec des rondelles de banane.

Voila ce que j'ai fait, le sourire en coin. Sous un toit de paille, entouree par trois murs bleus, devant les toits de nos voisins. Au loin, une colline et son temple.

 

Nous etions nombreux, tous francophones, devant nos petits dej transformes en lunch, a profiter du temps sans mesure. Les 3/4 portaient des dreadlocks et aimaient jouer aux cartes en fumant des petards. Tout ce que je deteste. En realite. J'avais oublie cet esprit "roots" qui me fait penser a un mensonge plutot qu'a une rebellion.

 

Suis je devenue intolerante?

 

Je ressens plutot une crispation face a certains individus qui entrent, sans deborder, dans des stereotypes.

 

Maud me dit que je suis fatiguee.

Moralement et physiquement.

J'ai dormi 12h cette nuit.

 

Il y a des choses que je ne supporte plus.

Comme les francis dredeux fumant des petards et jouant du jazz manouche.

Par exemple.

 

Bundi est une ville magnifique.

J'ai ote mes bagues d'orteil.

 

Paisible, coloree, investie par les hommes et les betes, composant ainsi ensemble un espace vivant et debordant de cris en tout genre.

Le cri du porc.

Le cri de la vache.

Le cri du singe.

Le cri de l'homme.

Le cri de l'oiseau.

Le cri prevenant le passage.

 

Nous pensons alors a la liberation des animaux maintenus en cage dans les zoo citadins.

 

Je crois surtout que nous sommes pleines de langueur.

 

Une rose, une jaune, une bleue, une verte. Les maisons.

Un, deux, trois, quatre. Mariages.

Un marche. Une grande aire maraichere.

Une belle agitation. Ne surtout pas trop en faire. Tout le monde fume du hashish.

 

3 ou 4 jours, peut etre, que nous sommes la. Il n'y a pas grand chose a faire, mais j'ai deja le sentiment d'en avoir trop fait.

 

Je mange trop de raisins.

Je lis trop de lignes.

J'ecris trop de betises.

Je porte trop l'Inde sur moi.

Je pense trop a l'avion.

Je marche trop lentement.

Je bois trop de chai.

 

Cette nuit, j'ai reve qu'on m'avait engage pour faire de la poterie dans l'espace.

 

Si on y arrive, nous partons demain matin pour Pushkar.

 



Publié à 10:33, le 23/02/2008,
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India.... Hmmmm

Bundi est une magnifique ville. J'ai ote mes bracelets de cheville.

Publié à 01:26, le 22/02/2008,
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Une vache qui a peur d'un chien et qui court.

Suivre le trajet de la mousse, de la douche a l'egout.

 

Retirer du bout du doigt la peau brunatre flottant sur un chai trop chaud.

 

Eviter les singes de peur de se faire attaquer.

 

Acheter des pistaches, des noix de cajou et des amandes pour en faire un melange.

 

Trouver l'epicier d'en face beau et le regarder de la terrasse.

 

Sauter par dessus les ordures.

 

Contourner les porcs mangeant les ordures.

 

Tapoter le dos d'une vache.

 

Trouver ca beau, tout ca.

 

Reconnaitre les femmes aux bruits de leurs clochettes.

 

Boire un chai trop sucre ou trop epice.

 

Finir un bouquin puis en commencer un autre.

 

Sourire a ceux qui me sourient.

 

S'asseoir aux pieds d'un temple.

 

Ecouter les hommes parler en faisant semblant de comprendre.

 

Prendre le temps de se mettre a l'ecart pour voir defiler un mariage.

 

Etre habituee aux klaxons.

 

Reconnaitre le bruit d'une moto, d'un velo, d'un bus, d'une voiture ou d'un camion et s'ecarter suffisament pour laisser passer l'engin sans meme avoir a se retourner pour evaluer l'ecart.

 

Entendre, depuis sa chambre, passer les vendeurs de legumes a charettes criant "Aloo! Mattar!".

 

Contempler chaque soir un nouveau feu d'artifice.

 

Repondre en hindi aux questions posees en anglais.

 

Sentir l'odeur des egouts et trouver ca normal.

 

Apprecier la superposition musicale des chansons diffusees par l'epicier, le rickshaw passant par la, le cyber point et la voisine de gauche.

 

Dire bonjour aux inconnus.

 

Vivre selon les coupures d'electricite.

 

Regarder un paysage inhabituel.

 

Observer une ruelle sans bouger.

 

Lire un roman de Lucia Etxebanna et avoir envie d'un enfant.

 

Connaitre les dieux hindoues, du moins, reconnaitre leurs visages et leurs armes.

 

Tirer un invariant de mes cinq mois indiens : ou que ce soit, les chiens hurlent en polyphonie apres 23h et avant 1h du matin, durant une quinzaine de minutes.

 

Trouver ca normal, aussi, d'avoir peur de retourner a son pays.

 

Admettre que tout est possible en Inde, seulement pour les hommes.

 

Reconnaitre l'existence de Dieu.

 

Reconsiderer son corps en prenant exemple sur la facon dont les indiens considerent le leur.

 

Se poser des questions inutiles sans chercher desesperement a y repondre.

 

Aimer la salade de carotte rapee avec des raisins secs, du cumin, des epices et des noix de cajou.

 

Utiliser un dentifrice epice.

 

Se demander comment je vais pouvoir manger sans epices.

 

Est ce que le clou de girofle est une epice?

 

Avoir peur de pleurer trop fort dans l'avion.

 

Penser a aller voir la Tour Eiffel en arrivant a Paris par respect pour les milliers d'indiens m'ayant confie qu'ils revaient de la voir.

 

Ramener de la poussiere indienne pour ne pas oublier.

 

Angoisser par pic de "comment vais je pouvoir me passer de tout ca?"

 

Realiser la chance que j'ai eu apres avoir passer une matinee a discuter avec Pinku, fille des gerants de la guesthouse, sur son amour pour un Suisse, sa detresse, la menace de sa famille de se suicider si elle se marrie avec lui, la pression de sa famille qui veut sa photo pour la distribuer a ses pretendants, son refus, leur coup de fil quotidien depuis leur rencontre, leur unique nuit passe ensemble, la pression sociale du voisinage, les rumeurs de la ville, de son statut de femme indienne brahmane de 23 ans, de son dechirement, de ses reves d'ailleurs, des livres qu'elle a lu, des influences qu'ont eu les hotes occidentaux sur elle, de sa force evidente, et de sa rage vis a vis de la culture indienne.

 

Toutes ces souris que j'ai vu passer entre mes pieds.

 

Regarder le plafond bleu de ma chambre, son ventilateur central et ses 4 crochets metalliques accroches en carre.

 

Faire faire des exercices de prononciation a Delphine qui n'arrive pas a dire "ayurvedique" et "Helsinki".

 

Redouter le moment ou je vais devoir confirmer notre vol, 72h avant l'envol.

 

Faire la liste de toutes les marques d'eau minerale existant en Inde.

 

Dire a Maud que "non il n'y a pas de Bounty a Bundi"

 

Etre bronzee au mois de Fevrier.

 

Ne plus supporter le joueur de jazz manouche.

 

Se jurer de ne jamais aller voir un concert de jazz manouche.

 

Savoir intimement que je ne pourrai jamais tout ecrire.

 

Qu'il est desormais trop tard pour le faire.

 

Qu'il est neanmoins temps de me defaire.

 

 

 



Publié à 12:23, le 21/02/2008,
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Bundi

Il y a un homme qui, depuis ce matin 10h, joue du jazz manouche de sa guitare. Il est 14h. Sans interruption, ou du moins, quelques unes, juste le temps de tirer sur son petard. Toujours le meme. Meme homme, meme joint. Liaison.

 

Bundi, nous voila a Bundi. J'aime le nom de cette ville. Il sonne comme un saut.

 

"Petite ville seduisante aux etroites ruelles bordees des maisons bleues des brahmanes, Bundi est ponctuee de lacs, de collines, de bazars, et un temple surgit a chaque coin de rue. Un palais fantastique, festonne de coupoles et de loggias couleur parchemi, emerge d'une forteresse perchee sur une crete. La ville est un endroit revee pour se detendre et ecrire un roman, a l'instar de Kipling qui y habita. Capitale d'un grand Etat princier a l'apogee des Rajput, Bundi perdit de son importance lors de l'essor de Kota a l'epoque moghole. Toutefois, la ville conserva son independance jusqu'a son integration dans l'Etat du Rajasthan en 1947."

 

N'allons pas trop vite. J'ai du mal a prendre conscience de notre plongeon hors des eaux familieres d'Udaipur.

Je fais secher mes cheveux, dos au soleil, assise sur un muret de la terrasse de notre hotel.

 

Hier, Mardi. Check out de la chambre a 10h. Nos sacs empiles a la reception. La veille, nous nous etions couchees tard, apres notre "party" du depart. Tout le monde est passe pour un petit moment, nous saluer, boire un verre, puis repartir. A l'indienne, constament en train de sautiller d'un endroit a un autre. Nous avons deguster un succulent thali prepare par Dada et ses cuistots. Simplicite et complicite.

 

Hier, Mardi. Nous achetons des petits cadeaux. Nous prenons le temps de rire, de discuter, de s'asseoir a cote d'un tel puis d'un autre. J'echange l'autobiographie de Gandhi contre le "Naso Lituratus" de Schweizer, et je passe toute l'apresmidi a bouquiner. Paisiblement. Maud tombe malade de la toux des poussieres indiennes. Delphine termine sa derniere miniature, achete des pinceaux en poil de chameau et dit au revoir a son guru a palettes.

 

Sur les coups de 19h, tout s'accelere. Nous dinons au Transmarine, en compagnie de Harry, Lalit et Neeru. Le diner sera offert par la maison. On offre nos cadeaux, on recoit nos cadeaux. Embrassades chaleureuses, promesses d'un retour proche du futur, echanges d'adresse, et salutation de la main a nos soleils d'ici.

A l'hotel, tout s'accelere encore plus. On disperce des bananes pour Hanuman dans toute la reception. Ganga pose nos sacs sur le trottoir. Baba, Dada, les petits de la rue, Hanuman et d'autres sans nom mais beaux visages nous souhaitent un bon voyage, nous souhaite de revenir au plus vite. Dada les larmes aux yeux. "Why, why do you leave?" Pamman, le rickshaw man, raconte une enieme fois l'anecdote de notre arrivee a Udaipur. On serre les mains, une fois, deux fois, trois fois. On se dit des belles choses. Encore.

Pas vraiment envie de les quitter.

On saute dans un rickshaw et c'est l'emeute. Des mains se tendent partout, des "bys bys gurugi" se crient dans tous les sens de notre fraternite, et nous accelerons. Noyees sous nos bagages et nos souvenirs.

Aucune larme pourtant.

 

Gare routiere.

Check in.

"Bundi Bundi"

Nous sommes une poignee d'occidentaux a suivre un homme en direction du bus gare plus loin.

Bagages dans la soute.

Places 9, 10, 11.

Je m'asseois du cote gauche, sur un siege sans voisin. Je m'enroule, pose mon coude sur l'accoudoir, ma main sous mon menton, et je regarde a travers. Un peu de travers. Pleine lune, je ne dormirai pas du voyage.

Depart 22h, arrivee 5h.

 

Le desert gris. Le soleil contrarie, diffusant une lumiere douce-amere, lunaire, sur un paysage travesti. Trajet cahoteux, cahotique, chaos somatique. Les vitres s'ouvrent aux rythmnes des bosses et des creux que nous suivons a toute allure. Je ne vois rien, je comprends tout. Les arbres morts et les etendues. Je ferme un peu les yeux.

Nuit noire, nous sommes jettees dans de la poussiere blanche. Pour etre reconnu malgre notre crasse. Je ne sais plus ou je suis.

Rickshaw dans le froid et l'inattendu. Guest house. Un viel homme tout endormi nous dit "come in come in". Alors nous "come entrons". Un jeune homme nous propose une chambre, juste pour "taking rest". Alors nous prenons le reste de notre part de sommeil quotidien, jusqu'au vrai matin 10h. Changement de chambre, et l'homme se la joue toujours Django Reinhardt.

 

 



Publié à 10:32, le 20/02/2008,
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Famille indienne

Non sans bouleversement emotionnel.

Mn attachement est tres fort, a la ville, aux habitudes, aux amis, d'ici.

Harry, le gerant du resto. A qui l'on crit, l'on dit, l'on murmure, "Ram ram" a tout heure du jour.

Vicky, mon prof de hindi. Avec qui je discute regulierement sur les sentiments indiens.

Vicky, le manager de l'hotel. Qui ne veut pas me donner les infos necessaires a un depart d'ici. A qui l'on donne quotidiennement des bananes. Qui a annule son mariage par ma faute.

Dada, l'autre manager. Qu'on appelle mister chocolate. Qui veut accrocher notre photo a la reception. Qui promet d'organiser une soiree pour notre depart.

Chotu, le cuistot de 15 ans. Qui veut se marier avec ma soeur. Qui nous offre d'eblouissants sourires.

L'autre cuistot. Qui sait nos repas avant qu'on les commande. Qui m'appele GuruGi comme toute la ville.

Le monsieur d'internet. Qui m'appele Madame avec elegance.

Le petit vendeur d'eau. Qui me dit 20 fois par jour "bonjour comment ca va". Qui m'offre un tabouret au lieu du trottoir quand je lis le journal chaque matin.

Mister Cool, un personnage errant. Qui a une facon tres respectueuse de dire bonjour, en prenant mes mains jointes dans ses mains. Qui m'instruit sur l'hindouisme.

Lalit, et sa boutique de miniatures. Qui m'offre un the a chacun de mes passages.

Baba, le responsable de l'hotel d'en face. Qui offre services et sourires a celles qui font partie de la famille.

Le monsieu du telephone. Qui prete son portble pour un appel maternel. Qui donne des services speciaux puisque nous sommes des personnes speciales.

Son petit employe, d'une dizaine d'annes. Qui m'apelle d'un signe de la main et avec qui je m'asseois longuement sans dire un mot.

LE rickshaw men Pamman. Qui nous offre des bidi dans son rickshaw a l'arret diffusant de la musique.

Le marchand de fruits. Avec qui j'exerce mon hindi. Qui fait des "special price for you only".

Les petits ecoliers. Qui me saluent d'un "namaste guruGi".

La famille de mendiant du pont. A qui on offre des fruits. Qui nous offrent des sourires.

Le tailleur de pierre. Qui s'incline en souriant a chacun de mes passages,

Les petits garcons des poissons. Qui m'attendent tous les soirs pour nourrir les "matcheli" du lac. Je partage mon pain, ils partagent leur pate a chapati.

 

Tout ce beau monde que je vais avoir du mal a quitter.

Bientot trois semaines que nous sommes la.

Notre belle famille indienne. Combien deja? La 4eme, ou la 5eme...

Et nos echanges merveilleusements simples et sinceres.

 

Nouvelles photos sur flickr.

 



Publié à 09:51, le 17/02/2008,
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Princesse Minus, Princesse Raspute et Princesse Oudaille, ou la reconfiguration triangulaire

C'est que nous avons manque de transition.

 

Une transition entre l'accident de Delphine et l'arrivee de la numero 3.

La numero 3 s'apelle Maud. Une amie depuis de nombreuses annees. La fille de PapaJo (yo!). Maud nous a rejoint lundi et s'envolera de nouveau pour la France un jour avant nous Le premier Mars. Elle. Nous, le 2. Ah! Oui, deja...

 

Une transition entre l'hiver et l'ete.

Qui s'appelerait peut etre printemps mais qui ne prend pas son temps en Inde. En l'espace de deux jours. Le froid, le chaud. Les nuits etaient froides. Nous dormions en pijama, col roule, duvet, couverture, chaussettes. Les fenetres fermees. LEs journees etaient tiedes, les matinees fraiches, les soirees glaciales. Puis.

Nous dormons la fenetre ouverte. Nous evitons le soleil entre 11h et 15h. Nous transpirons. Au dessus de 30 degrees.

 

Pas de fluidite sans transition.

Un choc, et ses contrecoups. On se laisse trainer, on recupere, on se reconfigure, on reconstitue nos energies, on rassemble nos envies.

On discute. On discute beaucoup.

Et l'oppression se dilue dans l'eau du lac.

 

Je ne reviendrai pas sur l'accident. Les amis, les connaissances, les marchands, les cuistots, les rickshaw, sont la pour nous le rapeller. A croire que c'etait ecrit dans le journal. Meme a l'autre bout de la ville, on me demande des nouvelles de Delphine. C'est un souci reel qui les appelle a me questionner sur. On en rit. Les cuistots de l'hotel et ceux de notre resto du soir ont supprime toute trace d'arachide. On en rit.

 

Nous avons passe deux jours exclusivement a l'hotel. Puis.

 

Nous sommes allees au Mousson Palace.

"perche sur une chaine de montagne tel un chateau des contes de fees, ce palais a l'abandon fut construit a la fin du 19eme siecle par le maharaja Sajjan Singh. Observatoire a l'origine, il devient plus tard un palais de la mousson et un pavillon de chasse."

Oui, perche au dessus du Rajasthan. Nous sommes montees en rickshaw, le meme qui nous avait accueilli a Udaipur deux semaines auparavent. Nous avons ri en chemin, guettant une improbable attaque de tigre. La haut, une extraordinaire vue sur Udaipur. La ville et ses deux lacs. D'un cote. De l'autre, un magnifique panorama sur la campagne rajasthani, ses monts, ses collines, ses courbes, ses couleurs automnales, son desert.

Le coucher de soleil a laisse persister un balayage orange sur mes retines .

 

La meme journee, nous sommes allees au Shilpgram.

"village d'artisanant qui regroupe des huttes en terre battue, aux interieurs ornes de mirroirs du Rajasthan. D'excellents artistes et artisants s'y produisent".

Autant dire une reserve culturelle avec reproduction du milieu naturel de la population tribale.

Nausee.

 

Nous avons assiste a un spectacle artistique et culturel. Les danses defilaient, en musique, une petite histoire entre chaque demonstration, un passage marionette, et une performance. Une vieille femme au visage marque, ses yeux devoilant une veritable souffrance et une profonde lassitude a ceux qui voulaient bien la voir en vraie. Elle danse. Corps gras, lourdeur, douleurs. 10 recipients en terre cuite poses en equilibre sur sa tete. Effectuant diverses pirouettes. Et on applaudit bien fort!

J'ai vu les pantins chez les hommes et je n'ai pas trouve de fil a coudre. Ni de jolie fil dore.

 

Nous sommes allees au cinema voir un beau navet en forme de superstar. Alccol, decolte, r'n'b, moto, rolex, histoire de celebrite et de seduction. Un rat est passe entre nos jambes. A l'entracte, nous etions les seules femmes a bord. Nouveau genre, nouvelle experience cinematographique.

 

Nous avons marche dans la ville.

Nous avons nourri les poissons.

NOus avons aide des femmes a laver leurs linges au bord du lac.

Nous avons ecoute les potins du quartier.

Nous avons mange des salades de fruits.

Nous avons approfondi nos liens.

Nous avons ecoute les nouvelles francaises.

J'ai releve les nouveaux films, les nouveaux albums, les nouveaux livres.

Nous avons raconte notre voyage.

J'ai realise "tout" ce que nous avions vecu. J'ai senti le poids des mois passes et la legerete de mon moi present. Finalement.

Maud a ete un mirroir, me devoilant celle que j'etais/je suis devenue. Et le sourire est revenu. Vraiment. Sans faire semblant. Et j'ai craque du plexus solaire pendant la salutation au soleil lors d'une seance de yoga. Diffusion. Et nous nous sommes transformees en princesses gitanes.

 

Princesse Minus.

Princesse Raspute.

Princesse Oudaille.

Qui fetent la chandeleur le 15 Fevrier.

Qui partent en expedition le 16 Fevrier.

Loin, loin de la ville.

 

Reveil 7h30. Les premieres sur le toit terrasse, nous ecoutons la compil de Pierrot. 100% importee par Maud. Un peu de Patrick Watson. Un peu de Radiohead. Un peu d'Andrew Bird. Un peu de PJ HArvey. Le soleil se leve, l'air est doux, nous attendons le cuistot, retrouvant le vent indien et ses effluves. Pures ou impures. Balance entre le profane et le sacre. LEs hommes pissent contre le mur du temple, le soleil frappe sur, l'urine et son odeur s'elevent vers. De bon matin.

Comment les indiens percoivent-ils notre musique?

LE cuistot arrive, tout sourire, et nous prepare notre petit dej sans avoir a lire notre commande. Il sait deja.

Notre voiture nous attend. Oui oui, notre voiture. PArce qu'aujourd'hui, on aurait un chauffeur.

8h30, nous decollons. Pour 2h de trajet a travers la campagne. Des montagnes, des collines, des champs, des fermes, des realies, du desert et ses courbes. La route monte et descend sur une voie unique, une route sinueuse, dans une course fluide a travers le temps.

 

"A 84km au nord d'Udaipur, Kumbalgarh, un fort isole, evoque l'ideal chevaleresque et guerrier des Rajput. Edifie au 15eme siecle par le maharaj Kumbha, il se perche a 1100m d'altitude, ou la vue se perd dans les lointains bleutes. LEs routes qui menet a Kumbalgarh serpentent dans les monts Aravelli et traversent de somptueux paysages.

Fort le plus important du Mewar, il servait de retraite aux souverains en periode de danger. Il ne fut pris qu'une fois au cours de son histoire, et encore fallut-il les efforts conjugues des armees de l'empereur moghol Akbar, d'Amber et de Marwar, pour faire tomber les citadelles, qu'elles ne conserverent pas plus de deux jours.

Les remparts s'etendent sur 36km et entourent 360 temples. des palais, des jardins et 70 abris a canons"

 

MAgnifique. Un fort qui surgit par surprise, derriere une colline. A couper le souffle. Le ciel etait extremement bleu. LA foret portait des couleurs d'automne. Le soleil frappait fort, presque eblouissant. Nous avons longe les remparts du palais, telles des envahisseuses, pour se faire rapeller a l'ordre par un guide (gare aux cobras!) qui nous fera rentrer dans le palais par un passage secret. Un trou.

Visite paisible. Peu de touristes. On se demande "les indiens visitent-ils ce fort avec le meme enthousiasme que celui avec lequel nous visitons un chateau fort de notre Moyen Age?'

Notre chauffeur nous attend. Nous partons pour une nouvelle destination.

 

Toujours la surprise en chemin. Des boeufs, des singes, des huttes, des fermes, a gauche, a droite, des ecoles, des paysans, des femmes multicolores, l'ocre de la roche, la vitesse de notre trajectoire, vitres baissees, l'ondulation de nos regards, des chameaux. Les beautes indescriptibles.

Halte dans un resto ou nous avons paye 200rps par estomac.

Apres deux heures de route et une pause, nous voila a Ranakpur. Autant dire que nous avons merite nos emerveillements.

 

"dans une profonde valle boisee, une route sinueuse conduit a Ranakpur, l'un des temples jains les plus vastes et les plus importants du pays. Cet incroyable complexe de marbre blanc comprend une serie de 29 salles soutenues par une foret de 1444 colonnes differentes. Des sculptures finement ouvragees couvrent integralement les murs interieurs de ce sanctuaire a l'architecture epoustouflantes. La devotion des batisseurs transparait dans le raffinement de l'ouvrage et sa paleur donne une sensation inegalee d'espace et d'harmonie."

 

Rien a ajouter.

 

Retour calme et serain, en admirant le paysage.

Le soir. lorsque je fermais les yeux, je voyais a nouveau defiler le temps, l'epoque, le sens et le mystere.

Tres belle expedition. Mon sejour a Udaipur est desormais complet.

D'ailleurs, nous partons le 19 pour Bundi.

 



Publié à 09:05, le 17/02/2008,
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L'air de rien, comme ca, sans prevenir, quand le soudain soude un lien.

L'inspiration s'est coupee net au moment ou...

Je n'ecrirai surement plus pendant un moment. Le temps de me remettre.

Je prendrai des granules d'arnica. Ca ira mieux comme ca.

 

De deux nous sommes passees a 3. Depuis hier matin.

Le triangle s'installe definitivement a Udaipur, du moins, jusqu'a la fin de notre bail indien.

"Par mesure de securite"

"Dans la mesure ou la patiente est connue des medecins"

 

On remercie les dieux hindoues, on remercie les amis d'ici, on remercie le sang froid, on remercie l'instinct.

L'urgence n'est plus, on reprend le fil.

A coudre.

 

A 3 ca ira mieux. Redistribuons les responsabilites.

 

On se balladera, plus tard, autour.

PAs trop loin.

Et on rira de nouveau l'air de rien.

Ca sera mieux de ne pas y penser.

Amen.

 



Publié à 06:30, le 12/02/2008,
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Raju l'hindou

Raju se reveille.

Raju prend une douche.

Raju allume 4 encens.

Deux pour sa maison. Deux pour le monde Deux a l'interieur. Deux a l'exterieur.

Raju pointe son annulaire dans de la poudre d'encens et marque un point sur son troisieme oeil, sur son oreille gauche, sur son oreille droite, et sur sa gorge.

Le troisieme oeil pour la concentration de l'esprit.

Les oreilles pour qu'aucune mauvaise parole n'entre.

LA gorge pour qu'aucune mauvaise parole ne sorte.

Raju boit un verre de lait de vache.

Raju va prier au temple de Ganesh.

Ganesh est le dieu de la chance.

La journee de Raju peut commencer, il va boire un chai.

 



Publié à 07:41, le 9/02/2008,
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Le bazar des sentiments

Il faut rester honnete, parait-il.

 

Je constate que les indiens jonglent differement avec leurs sentiments. Ils n'ont pas cette tendance nevrotique a retenir le sentiment comme nous autres. Nous retenons le sentiment, le maintenons a un niveau moindre pour eviter tout debordement passionel, et ainsi pouvoir controler le sentiment dans un constant souci de l'apres. Et apres, que se passera-t-il? Que se passera-t-il quand la personne partira, quand la personne ne m'aimera plus, quand la personne me manquera, quand ce manque me sera insupportable, quand je souffrirai de cet attachement unilateral, etc? Je resterai seul avec le manque et la douler, me complaignant de tout ce que je n'ai pas pu (pas su?) lui dire, lui transmettre, lui faire ressentir et ressentir moi meme.

Un sentiment complet et honnete.

 

Les indiens ressentent et vivent le sentiment differement.

Ils laissent le sentiment naitre sans surprise.

Ils laissent le sentiment croitre sans question.

Ils laissent le sentiment se diffuser sans retenue.

Ils laissent le sentiment deborder de toute part.

De toute part le sentiment deborde. En flots incoherents, en vagues indescriptibles, en flux maladroits, en tempetes fusionnelles, en courants inconceptuels.

Sans jalousie, sans crispation, sans calcul, sans doute, sans manipulation, sans mensonge.

 

Et lorsque la personne partira, la tristesse sera reelle. Une tristesse complete et honnete.

Kundan me disait, quelques minutes avant que je le quitte definitivement, "I will be sad 3 minutes and after...", exprimant les points de suspension d'un geste de la main que seuls les indiens arrivent a remplir de signification. Un claquement du poignet vers le ciel et les doigts qui se deploient comme les ailes d'un oiseau.

Trois minutes, le temps que la tristesse fasse le tour de lui-meme, entre en lui meme, le remplisse a raz bord et s'envole ailleurs.

 

-laisser cette liberte aux sentiments-

 

Oui, laissons nos sentiments libres. Sans attaches, sans chaines, sans cage.

Que l'aquatique se transforme en volatile.

 



Publié à 07:27, le 9/02/2008,
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Koutchnahi, rien.

Les jours passent. Tout va bien, tout va mal, tout va bien, tout va mal, tout va bien, tout va mal. Yoga, dos fracasse, hindi, comment perseverer, attente, conversation, faineantise, ballade, nourrir les poissons, ignorer les interventions, courir apres le soleil, se reposer, lire gandhi, se remplir d'odeurs, passer, repasser, namaste, ecrire un peu, laver la salle de bain, ecouter les rires, rire ensemble, coup de marteau, ou est la mosquee, quel est ton endroit prefere, bon karma, et tu te tais quand, cafe, mujhe chai tchaye hai, dormir, acheter une radio, faire comme si on etait de l'epoque, lire le journal, ecouter des histoires, oublier la date, pic de panique, se regarder dans la glace, monter sur la colline, regarder passer les mariages, mettre des photos dans le desordre, ecouter la puja, caresser un elephant, jouer avec des mendiants, donner des samosas aux enfants de la rue, soigner ses pieds, faire bruler de l'encens, se faire draguer, constater les amours, traduire, poser des questions, donner des nouvelles, appeler un ami, ouvrir ses chakras, comprendre les sentiments de l'homme indien, rire toute seule, chanter kya kya, excursion a l'est a l'ouest au nord au sud, la repetition de soi meme, errer en silence, avoir peur des singes, mettre ses pieds dans l'eau du lac, croiser les bras, tum apse shadi-suda hai, s'asseoir, ressentir le vent, avoir froid, prendre une douche, danser des poignets, pleurer, se couvrir, s'allonger encore, s'enduire d'huile, manger des bananes, reciter l'alphabet, oublier son age, mettre du jasmin au creux de son cou, se couper les ongles, monter sur une moto, sentir l'deur d'un enfant, caresser une vache, donner une chapati a un chien, karma, karma, karma, ricaner, plaisanter, jouer a la fille, se perdre dans la ville, acheter des amendes, trembler d'egarement, se cacher sous un arbre, se moquer des hommes, renifler la parole d'un sage, penser a la France, pleurer encore, se rememorer le JAnadesh, parler de mon frere, compter a l'indienne, faire semblant. Tout va bien, tout va mal, tout va bien, tout mal, tout va bien, tout va mal, tout va bien. Les jours passent.

 

Nouvelles photos sur flickr.

http://www.flickr.com/photos/17661327@N03/?saved=1

 

 



Publié à 07:30, le 7/02/2008,
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"Ca wa la vie?"

Cours de yoga. Tout se fluidifie. Le corps et l'esprit.

Le prof rit de cette alternance entre Ded et moi, au fil des jours. Un jour elle, un jour moi. Je lui explique notre complementarite. Le meme complexe dualiste que le ying et le yang. Il acquiesse d'un leger hochement de la tete sur la droite.

Il y a des choses que les indiens percoivent, concoivent et comprennent sans que j'ai a donner plus d'explications que cela.

 

Je rentre a l'hotel prendre un petit dej avec Ded. Desormais, nous ne partageons plus que nos repas. Tant nos journees sont chargees de diverses activites.

 

Je pars pour une ballade et je croise Vicky, un autre, sur mon chemin. Il me propose ma premiere lecon de hindi. Ici meme, sur ce muret, dos au lac, face au passage, devant un petit tailleur de pierre, un autre. Les jambes pendantes, le dos chauffe par le soleil, une legere brise venant balayer mes hesitations face a la difficulte de prononciation. Deux heures passent. Certains passants s'arretent, et c'est bientot un auditoire que j'ai a mes pieds et grace auquel je peux m'exercer. Parfait.

Vicky me quitte et certains enfants prennent le relais. L'un d'eux m'invitent chez lui, pour boire le the avec sa famille. Je me retrouve alors chez un artiste peintre pour echanger quelques mots, pour partager un tchai et admirer l'oeuvre de miniatures.

 

A mon retour, Dada m'intercepte pour demander l'"authorisation" d'une lecon de travail sur cuir pour la confection d'un carnet de cuir. C'est d'accord. Pour 16h. Nous allons pour un tchai dans sa famille.

 

Je vais chercher Ded a son cours de peinture. Nous allons manger un bout ensemble et acheter des bananes pour le Vicky de l'hotel, qui se prend pour Hanuman et qui a besoin d'un peu de power.

(J'apprendrai plus tard dans la soiree que ce jeune homme de 25 ans a perdu ses parents a l'age de 10 ans, qu'il gere sa famille de 1 frere et 1 soeur depuis ce temps, qu'il gagne 2500 rps par mois et qu'il a parfois besoin d'un peu de power)

 

16h. Dans un sombre atelier, aux murs bleus et craqueles par l'humidite de la saison des moussons, je m'asseois face a un bloc de bois sur lequel est dispose un rectangle en cuir. Humidification, pour rendre le cuir plus tendre et receptif aux coups de tampons metalliques qui imprimeront des motifs. Coups de marteau, precision, changement de motif. Je trace des lignes au compas pour cuivre la courbe ou le segment, sans depasser.

Je m'amuse. J'apprend. Je suis artisan.

Je decouvre. Je me regale.

Le prof me fecilite. au tour de Ded. Pendant ce temps, j'enduis le cuir d'un colorant brun, a l'eponge, et les doigts de ma main droite s'en trouvent immediatement brunis.

Demain, j'ajouterai une couche de vernis et je percerais les trous pour coudre les feuilles de papier. Il faudra les acheter dans un autre endroit.

Hyper specialisation.

Je suis fiere de ce que j'ai entrepris. Je m'incruste ainsi dans la culture artisanale rajasthani.

 

Passage au bureau de Vicky, a l'hotel, ou je lui cherche une femme dans les pages matrimoniales du journal. Par caste. Par etat. Par profession. Par dialecte. Il m'explique que beaucoup de mariage sont arranges ainsi. Cela ne m'etonne plus.

 

A present, a la terrasse du resto ou nous avons desormais nos habitudes, je revise comme pour insister la ou ma langue se noue. Je tire, je tire, je tire, des sons censes etre differents mais qui ne le sont pas a mes oreilles. C'est la ou tout se complique. Les "t", les "th", les "tha", les "tah". Ca ira mieux demain, patauge-t-elle

 

"Bhartiye aadmi naraj hota hai, jab dutch aurat ka sharir, french bolta hai"

I'm an indian man's mind in a dutch woman's body who speak french

 



Publié à 09:40, le 4/02/2008,
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Tchalo countryside

C'est autour de midi que nous nous rendons au lieu de RDV. Un peu muette, un peu inquiete. La nuit ne m'a pas laisse de repis. Mes reves sont charges d'incoherences epuisantes.

A moto, nous nous rendons au parking. Ded derriere Zacky, moi derriere Rajeev. Je commence a apprecier ce moyen de transport. Je reponds au "Namaste Madame" que l'on me lance au passage en effectuant un delicat geste de la main. Contre le souffle de la vitesse.

En voiture! C'est un homme en turban qui chassera la poussiere de la carrosserie pour une dizaine de roupies. Vitres teintes, fauteuils en cuir. Cela faisait 4 mois que je n'etais pas montee en voiture. Je vais apprecier le voyage.

Plusieurs haltes a Udaipur pour acheter fruits, legumes, huile et epices. Je sors de la voiture, pieds nus, et je m'accroupis en face de l'etalage des legumes joliement disposes au sol, et de femmes joliement vetues. Pois chiches, oignons, tomates, piments et citron. J'echange quelques mots avec elles. Sadee? Sadee? Elles pointent du doigt Rajeev. Je vais une grimace, et elles ricanent.

 

Vitres teintees attenuant la misere, coupant la poussiere, et diminuant l'alarme de mes aprioris.

Je sursaute a l'enclanchement de la musique.

Une voiture blanche a vitres teintees avec deux hommes noirs et deux femmes blanches quittent la ville en musique pour se rendre a la campagne.

Le trajet sera long d'une heure.

Nous traversons un paysage semi desertique, quelques villages rouges et verts, des collines, des terres chargees d'histoire. En silence. Delphine et moi. Les hommes ne cesseront de jacasser comme des femmes.

"Ca va les filles?"

"Mumh"

Je suis trop occupee a ecrire en pensees ce que je vois.

 

Nous arrivons a Ghoda Ghati, un petit village a une quarantaine de km d'Udaipur, petit village que nous traversons pour nous perdre plus loin.

Un paysage vallone, au milieu, une ferme.

C'est un ami de la famille de Rajeev qui possede ces terres. Trois chevaux, une vingtaine de vaches, une dizaine de chevres, et des hectares de ble et de mais. C'est un riche proprietaire tres respecte par les locaux.

 

Nous nous installons sur les hauteurs, surplombant le domaine. Aucun bruit. Seul le vent vient caresser mes oreilles. Seul le chantdes oiseaux vient caresser mon esprit. Je n'avais jamais vu autant d'especes differentes. Leurs chants me sont inconnus.

Le ciel est gris, l'air est froid. Assis sur une couverture, capuches sur la tete, enroules de nos chales, nous coupons les legumes sous les directives du chef Rajeev.

 

Une goutte, puis deux. Il commence a pleuvoir et nous rions. Nous implorons le Dieu Indra pour qu'il nous laisse au sec. La pluie cesse. Rajeev croit en notre pouvoir incantatoire.

 

Nous descendons a la cuisine, une cuisine en pierre, sombre. Ded prend des notes de la recette. Rajeev s'execute et nous attendrons 3h avant de pouvoir manger. Le timing indien est des plus lent. Nous en rions. Zacky tente a plusieurs reprises de prendre les commandes culinaires. Rajeev le renvoit a sa place. C'est sa passion, c'est son art, ce sont ses secrets.

 

Je fais le tour de la ferme avec Jhala, le proprietaire. Il me pose des questions sur l'agriculture francaise auxquelles je ne sais pas repondre. 60l de lait par vache et par jour. Il m'ecplique, il me raconte. Recolte du ble au mois de Mars.

Cet endroit est paisible.

Je fais la connaissance de la famille. Je me ballade avec Babou, 6 mois, dans les bras. Ded fait un tour en cheval. Pendant que les legumes mijotent, encore.

 

Jhala nous raconte ensuite des histoires de Rajput, de maharajas et de combats contre les Moghols.

Les indiens ont un profond respect pour leur Histoire. L'Histoire du pays est connu de tous et elle alimente encore de nombreuses reflexions, de nombreux comportements et de nombreux etats d'esprit. Chaque individu est un mediateur du passe pour le present. Le futur, on verra plus tard.

Je m'en veux soudain de ne pas avoir ce genre de connaissances concernant l'histoire de mon pays. Pourquoi la jeunesse francaise n'est elle pas "au courant"? L'histoire francaise est toute autant interressante et passionante que l'histoire indienne, toute aussi riche en lecons et en morales.

 

J'ecoute, attentive.

La nuit tombe.

Les betes s'endorment.

L'obscurite, presque effrayante, nous enveloppe.

Nous allumons un feu et nous dinons autour.

C'etait une belle journee, calme et tranquille.

 

Vers 20h, nous montons en voiture. Deux faisceaux lumineux ouvrent notre chemin. Nous remercions Jhala pour son hospitalite.

Vitres teintees, musique, modernite.

Nous passons de l'authentique Inde a l'Inde raffistolee.

Il pleut.

Mes yeux se ferment sur un paysage doublement obscure.

La ville approche. Je souris.

La sensation d;avoir quitte Usaipur il y a plusieurs jours.

La campagne m'a fait du bien.

 



Publié à 10:09, le 3/02/2008,
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CommeCiCommeCa

(Tout ca pour creer une distance qui ressemble a un lien, pour voir l'humain plutot que l'insupportable inhumanite de leurs vies, et ainsi me proteger, proteger mes affects et l'absurdite de mes emerveillements.)

 

Comme ce petit garcon, assis en tailleur a toutes les heures du jour, sur un petit muret, taillant la pierre de ses mains grises (d'un noir couvert de poussiere de granit), pour en faire apparaitre des sculptures d'elephant d'une etonnante modernite.

Ganesh en art contemporain.

 

Comme ce vieillard, dans sa boutique sombre et poussiereuse, me presentant des centaines de carnet en cuir, un a un, souple ou rigide, simple ou decore, se tirant les moustaches ou se grattant l'entrejambe. Assise au sol, je mime l'ecriture sur chacun des carnets pour trouver le bon.

Le bon  4eme carnet de mon voyage.

 

Comme ce libraire confiant et souriant, qui me donne l'Autobiographie de Gandhi que je payerai plus tard. Dans cette librairie obscure (coupure d'electricite quotidienne de 10h a 14h), les cartons n'etaient pas defaits et j'avais trouve ce livre en fouillant au dela de ce qu'on voulait bien me presenter.

Une confiance aleatoire sans craindre le vol.

 

Comme cette invitation dans une sinistre bijouterie par un vieil homme souriant qui m'offre un chai, puis l'exposition de sa vieille collection de bijoux, puis deux bagues d'orteil que sa femme a confectionner et qu'il me glisse a deux orteils symetriques. Il s'excusera de son mauvais anglais en tirant la langue, bafouillera quelques mots sur son fils, sa femme et son business, et me questionnera sur comment ca se passe "in my country".

L'amitie a l'indienne.

 

Comme ces bananes que je vais acheter avec l'ami Rajeev apres une excursion en moto. En chemin, il m'apprendra comment demander et je demanderais comme une bonne eleve. "Mujhe das rupee kela tchaaiye?" Des bananes que je donnerai au petit tailleur de pierre. j'ai compris qu'il ne fallait jamais donner d'argent, jamais. Sauf...

Jongler avec sa conscience.

 

Comme ce deuxieme cours de yoga et son surya namaskar precede d'un Om qui s'amplifie au fil des seances, sa position du cobra qui me donne le vertige, ses exercices de respiration qui deploie mon altitude, sa meditation qui entre et plonge et tombe et sombre pour toucher l'abyme lumineux qui est en moi et qui se vide se vide se vide pour faire comme si je n'avais plus rien a garder que pour moi.

L'experience de la synthese du corps et de l'esprit.

 

Comme ce diner en compagnie de Rajeev, entouree de Ded et un ami indien, sur la terasse d'un restaurant, seuls clients assis au sol, sur un tissu rouge, autour d'un feu de bassine metallique, autour d'un delicieux repas, mangeant de la main droite, se rechauffant de la main gauche, parlant en francais de l'Inde, de son odeur, de ses palais, de ses bananes, de sa misere, de son avenir, de ses hommes, petits ou grands, et de sa lune, penchee, de nouveau absente.

Je me redresse legerement pour voir des alignements de table, des angles droits de chaise, des segments de bouteilles de biere, et des logiques mathematiques dans le langage de toutes ces bouches. Je prefere l'arrondi de nos dos courbes au dessus de nos gamelles, les ondulations du feu, le trilinguisme de nos conversations, le glissement de la nourriture le long de mes doigts, et nos joues rougies par les flammes et les epices plutot que par l'alcool et le bavardage intempestif.

 

C'etait une riche journee qui se termine sur le toit de l'hotel, devant une video de danse rajasthani, en mangeant du chocolat avec Dada le gerant, qui m'apelle Guru Gi (je suis censee lui apprendre quelque chose mais je ne sais pas quoi, encore), et Vicki le manager, qui croit en notre folie et qui joue le jeu du pagaalpan.

 

Cela fait a peine 3 jours que nous sommes a Udaipur. a peine. J'ai l'impression d'etre ici depuis des semaines tellement son air m'est familier.

Les gitanes se trouvent aux villages des alentours.

Nous nous y rendrons demain.

 



Publié à 09:50, le 3/02/2008,
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